Marchands de biens
Stock marchand de biens : valorisation et dépréciation
Votre expert-comptable vient de vous remettre vos comptes annuels et vous ne savez pas par où commencer ? C’est normal : le bilan d’un marchand de biens ne se lit pas comme celui d’une entreprise classique. Un stock énorme, peu de trésorerie, beaucoup de dettes… ce qui inquiéterait dans un autre secteur est souvent tout à fait normal ici.
Voici les clés pour comprendre vos comptes, poste par poste, et repérer les vrais signaux d’alerte.
| Poste du bilan | Lecture spécifique MDB |
|---|---|
| Immobilisations | Généralement faibles. Un immeuble ici = probable bien patrimonial à sortir |
| Stocks | Souvent > 70 % de l'actif. Normal, c'est le cœur de l'activité |
| Trésorerie | Faible à la clôture : l'argent est en opérations |
| Dettes financières | Élevées (crédits court terme adossés aux opérations) |
| Comptes courants d'associés | Montrent l'engagement des associés, scrutés par les banques |
| Chiffre d'affaires | Comptabilisé uniquement à l'acte authentique → cyclique |
Toute société commerciale établit chaque année des comptes annuels comprenant trois documents (article L. 123-12 du Code de commerce) :
Le chiffre d’affaires d’un marchand de biens n’est enregistré qu’à la signature de l’acte authentique de vente. Une année peut donc afficher un chiffre d’affaires très élevé, et la suivante presque rien, sans que la santé de l’entreprise ait changé. Analysez toujours plusieurs exercices côte à côte.
Ce sont les biens conservés durablement. Chez un marchand de biens, elles sont généralement faibles, et il est préférable d’éviter d’y loger des biens patrimoniaux (un immeuble locatif par exemple). Surveillez aussi les immobilisations financières : elles révèlent les participations dans d’autres sociétés, dans des opérations menées en commun (sociétés en participation) ou dans une fiducie mise en place pour garantir un financement.
Les immeubles destinés à la revente sont inscrits en stock pour leur coût de revient : prix d’achat, frais d’acquisition, travaux et, sur option, frais financiers. C’est souvent plus de 70 % de l’actif. Deux questions à se poser :
Les créances clients sont rares, car les acquéreurs paient le jour de l’acte chez le notaire. La trésorerie, elle, varie fortement selon le calendrier des ventes. Une faible trésorerie à la clôture ne signifie pas que la société est en mauvaise santé : l’argent est souvent investi dans les opérations en cours.
Le passif retrace les ressources qui financent les biens inscrits à l’actif. Chez un marchand de biens, il est en général dominé par les dettes financières, logique d’une activité où chaque opération se finance à crédit. Quatre postes à regarder en priorité.
Dans une SARL, les gérants et les associés personnes physiques ne peuvent pas avoir un compte courant « à découvert » dans la société (article L. 223-21 du Code de commerce). Dans une SAS, l’interdiction vise le président et les dirigeants (articles L. 227-12 et L. 225-43). Cette interdiction ne s’applique pas aux sociétés civiles.
Le compte de résultat retrace l’activité de l’année. Chez un marchand de biens, il est très lié au calendrier des ventes signées chez le notaire. Les quatre lignes à vérifier avant toute analyse :
| Ratio | Calcul | Ce qu'il vous dit |
|---|---|---|
| Poids du stock | Stocks ÷ total du bilan | La part de l'actif investie dans les opérations |
| Rotation du stock | Stock moyen ÷ coût des ventes × 12 | Nombre de mois nécessaires pour écouler le stock |
| Endettement | Dettes financières ÷ capitaux propres | Poids des prêteurs vs associés (souvent élevé) |
| Couverture des frais financiers | Résultat d'exploitation ÷ charges financières | Capacité de l'activité à payer les intérêts |
| Taux de marge brute | (CA − coût des ventes) ÷ CA | Rentabilité moyenne des opérations |
Voici le bilan simplifié d’une SAS de marchand de biens au 31 décembre :
| Actif | Montant | Passif | Montant |
|---|---|---|---|
| Stocks immobiliers | 1 200 000 € | Capitaux propres | 240 000 € |
| Créances | 50 000 € | Comptes courants d'associés | 150 000 € |
| Trésorerie | 30 000 € | Emprunts bancaires | 850 000 € |
| Fournisseurs et dettes fiscales | 40 000 € | ||
| Total | 1 280 000 € | Total | 1 280 000 € |
Sur l’année, la société a réalisé 1 100 000 € de ventes pour un coût de revient de 900 000 €. Son résultat d’exploitation est de 140 000 € et elle a payé 55 000 € d’intérêts. Le stock était de 1 000 000 € au début de l’année.
Verdict : avec seulement 30 000 € de trésorerie, la société peut sembler fragile. En réalité, elle est rentable, ses associés sont engagés financièrement et elle couvre ses frais financiers. Le point à surveiller est la rotation du stock : chaque mois de retard sur une vente coûte des intérêts.
Avant de financer une nouvelle opération, le banquier regarde d’abord quatre éléments : le montant des fonds propres et des comptes courants d’associés, la marge réalisée sur les opérations passées, la rotation du stock et la capacité de l’activité à couvrir ses frais financiers.
Il n’existe pas de seuils officiels, et chaque banque a ses propres critères. En pratique, le banquier vérifie surtout que chaque opération est financée avec un apport suffisant, de l’ordre de 15 à 40 % de son coût, et que l’activité dégage assez de résultat pour payer ses intérêts.
Il regarde aussi la nature de l’endettement : chez un marchand de biens, les crédits doivent « tourner » au même rythme que les opérations, c’est-à-dire être remboursés à chaque revente. Une ligne de crédit présente au bilan depuis plusieurs années révèle souvent une opération bloquée, dont les intérêts continuent de courir et grignotent la marge.
Les banques demandent souvent à être remboursées en premier rang, avant les associés. Les comptes courants d’associés ne peuvent alors être remboursés qu’après la banque, et sont donc considérés comme des quasi-fonds propres. Attention toutefois : les banques vérifient de plus en plus l’origine de cet apport. Un apport financé par un emprunt obligataire ou par du crowdfunding reste une dette, et n’est généralement pas accepté comme un véritable apport personnel.
Enfin, joignez systématiquement à votre bilan un reporting opération par opération : pour chaque bien, la date d’achat, le coût de revient, l’état d’avancement des travaux, le prix de revente visé et les promesses déjà signées. C’est ce document qui permettra au banquier de s’assurer de la qualité des opérations déjà réalisées comme de celle à venir.
Les banques vérifient de plus en plus l’origine de l’apport. Un apport financé par un emprunt obligataire ou par du crowdfunding reste une dette, et n’est généralement pas accepté comme véritable apport personnel.
Une activité en bonne santé se reconnaît à trois tendances : des capitaux propres qui progressent grâce aux bénéfices conservés, un stock qui se renouvelle et un endettement qui évolue au même rythme que l’activité.
Un stock qui grossit sur 3 exercices n’est pas forcément inquiétant. Il est normal en phase de développement, si de nouvelles opérations entrent en stock et que d’autres en sortent. Il devient un signal d’alerte lorsque ce sont les mêmes biens qui restent en stock d’une année sur l’autre.
La marge brute mérite aussi d’être suivie dans le temps. Si elle baisse d’un exercice à l’autre, ou se rapproche du seuil de 15 % en dessous duquel les banques deviennent réticentes, il est temps de revoir vos prix d’achat, votre budget travaux ou vos prix de revente.
Pour détecter un début de surendettement avant votre banquier, comparez chaque année quatre indicateurs : l’endettement qui augmente, la couverture des frais financiers qui baisse, la rotation du stock qui ralentit et la trésorerie qui diminue. Lorsque ces quatre signaux évoluent en même temps dans le mauvais sens, il est temps d’en parler avec votre expert-comptable.
Un début de surendettement se détecte en comparant chaque année quatre indicateurs : endettement qui augmente, couverture des frais financiers qui baisse, rotation du stock qui ralentit et trésorerie qui diminue. Si les quatre évoluent en même temps dans le mauvais sens, parlez-en à votre expert-comptable.
Au-delà des règles de lecture poste par poste, certains signaux doivent déclencher une discussion avec votre expert-comptable. Voici les plus fréquents observés sur les bilans de marchands de biens.
Un bilan de marchand de biens isolé dit peu de choses. Analysez-le toujours sur 3 exercices consécutifs et combinez-le avec un reporting opération par opération. C’est cette double lecture qui rassure les banques et détecte les blocages en amont.
Le bilan d’un marchand de biens suit des règles différentes d’un bilan d’entreprise classique : stock élevé, trésorerie faible, dettes financières fortes sont la norme et pas un signal d’alerte. Les vrais indicateurs à surveiller sont la rotation du stock, la couverture des frais financiers et l’évolution des capitaux propres sur plusieurs exercices.
Chez KONTEA, nous ne nous contentons pas de produire vos comptes annuels : nous vous les expliquons, opération par opération, et nous vous aidons à les présenter à vos partenaires bancaires. Contactez-nous pour une lecture commentée de votre dernier bilan.
Parce qu’ils ont été achetés pour être revendus. Ils sont donc inscrits en stock, comme la marchandise d’un commerçant, et ne sont pas amortis.
Non. La vente n’est enregistrée qu’à la signature de l’acte authentique chez le notaire. Le bien reste en stock jusqu’à cette date.
Pas forcément. Un endettement élevé est normal chez un marchand de biens, car chaque opération est financée à crédit. Ce qui compte, c’est que vos opérations soient rentables, que votre stock tourne et que votre activité couvre ses frais financiers. Vos comptes courants d’associés, s’ils sont bloqués, peuvent aussi améliorer la lecture du banquier.
Que vos biens mettent en moyenne plus de deux ans à être revendus. C’est souvent le signe d’opérations en retard ou de prix trop élevés. Cela vous rapproche aussi du délai de 5 ans de l’engagement de revendre, et chaque mois de portage supplémentaire coûte des intérêts.
KONTEA vous remet une lecture commentée de vos comptes annuels, opération par opération, et prépare avec vous le reporting à présenter à votre banque. Nous vous aidons ainsi à défendre vos futurs financements. Contactez-nous.
ROLLAND Remi - Expert-Comptable chez Kontea
Rémi ROLLAND, expert-comptable et cofondateur du cabinet KONTEA à Lyon, accompagne les entrepreneurs depuis plus de 10 ans. Passionné d’immobilier et spécialiste de l’activité de marchand de biens, il partage son expertise en comptabilité, fiscalité et stratégie immobilière à travers ses articles et ses interventions auprès des professionnels du secteur.
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