Marchands de biens
Comment lire le bilan d’un marchand de biens ? Le guide 2026
Voici les clés pour comprendre vos comptes, poste par poste, et repérer les vrais signaux d'alerte.
Pour un marchand de biens, le stock n’est pas un détail comptable : c’est le cœur de l’entreprise. Il représente souvent plus de 70 % du total du bilan. Mal évalué, il fausse le résultat, l’impôt et la lecture de vos comptes par votre banquier.
Que faut-il inclure dans la valeur d’un bien en stock ? Quand faut-il constater une dépréciation ? Et comment la justifier auprès de l’administration ? On fait le point, exemple chiffré à l’appui.
| Point clé | Règle à appliquer |
|---|---|
| Classification des biens | Compte 37 (revente en l'état), compte 33 (en travaux), compte 35 (prêts à la vente) |
| Valeur à retenir | Coût de revient (prix d'achat + droits + travaux + frais techniques), article 38-3 CGI |
| Frais financiers | Intégration sur option (choix constant à mentionner en annexe) |
| Dépréciation | Comparer coût de revient à la valeur nette de réalisation, bien par bien |
| Déductibilité fiscale de la dépréciation | Perte nettement précisée + probable, événements à la clôture (art. 39-1-5° CGI) |
| Comptabilisation du CA | Uniquement à la signature de l'acte authentique |
Dans une entreprise classique, un immeuble acheté pour y travailler ou pour le louer est une immobilisation : il est destiné à rester durablement dans l’entreprise. Le marchand de biens, lui, achète pour revendre. Ses immeubles sont donc des marchandises, au même titre que les articles d’un commerçant, et sont inscrits en stock (comptes de la classe 3).
Ce classement n’est pas qu’une formalité. Les juges y voient un indice de votre intention : des immeubles inscrits en immobilisations plutôt qu’en stocks ont par exemple conduit à refuser la qualité de marchand de biens à une société (Cour de cassation, chambre commerciale, 6 novembre 2024, n° 23-13.524).
Un bien en stock est inscrit à son coût de revient (article 38-3 du CGI), c’est-à-dire l’ensemble des dépenses nécessaires pour l’acquérir et le rendre vendable.
| ✅ Inclus dans le coût du stock | ❌ Non inclus |
|---|---|
| Prix d'achat du bien | Commission d'agence à la revente |
| Droits d'enregistrement et frais de notaire d'acquisition | Frais de publicité et de commercialisation |
| Commission d'agence à l'achat | Frais généraux (honoraires comptables, assurance RC, etc.) |
| Honoraires techniques (géomètre, architecte, diagnostics) | TVA récupérable |
| Travaux de démolition, de rénovation, d'aménagement | Frais financiers, si vous n'avez pas choisi de les intégrer |
| Assurance dommages-ouvrage | |
| Frais financiers liés à l'opération, sur option |
En comptabilité, les frais de notaire font partie du coût du stock. En revanche, pour calculer la TVA sur marge, le prix d’acquisition retenu n’intègre pas les frais de notaire (il intègre uniquement les droits d’enregistrement). Les deux règles sont exactes, car elles ne servent pas à calculer la même chose : ne les confondez pas.
En cours d’année, les dépenses (achat, travaux, frais) sont enregistrées en charges. À la clôture de l’exercice, les biens non encore vendus sont inscrits en stock pour leur coût de revient, par le biais d’une variation de stock.
Résultat : tant qu’un bien n’est pas vendu, ses coûts n’ont pas d’impact sur votre résultat. La marge n’apparaît qu’au moment de la vente, lors de la signature de l’acte authentique.
À chaque clôture, vous devez comparer le coût de revient de chaque bien à sa valeur nette de réalisation, c’est-à-dire le prix auquel vous pouvez raisonnablement le vendre, diminué des frais de vente. Si cette valeur est inférieure au coût, une dépréciation (souvent appelée « provision ») doit être constatée.
Sur le plan fiscal, cette dépréciation n’est déductible que si la perte est nettement précisée et rendue probable par des événements en cours à la clôture (article 39-1-5° du CGI).
Une société avait déprécié des maisons de 81 012 € en s’appuyant sur des articles de presse décrivant la baisse du marché. Les juges ont refusé la déduction : ces articles donnaient des moyennes générales, sans prouver la perte de valeur des biens précis. Et les compromis invoqués avaient été signés après la clôture (CAA de Bordeaux, 20 février 2025, n° 22BX02400).
Les justificatifs à réunir, bien par bien : compromis ou offre d’achat reçu avant la clôture, avis de valeur d’un professionnel portant sur le bien lui-même, historique des baisses de prix affichées, ventes comparables dans le même immeuble ou le même quartier.
Votre société de marchand de biens achète un appartement en mars pour le rénover et le revendre en exonération de TVA.
| Élément | Montant |
|---|---|
| Prix d'achat | 200 000 € |
| Droits d'enregistrement (0,715 %, engagement de revendre) | 1 430 € |
| Émoluments et débours du notaire | 3 000 € |
| Commission d'agence à l'achat | 8 000 € |
| Travaux (TVA à 10 % non récupérable, car la revente est exonérée) | 44 000 € TTC |
| Coût de revient inscrit en stock au 31 décembre | 256 430 € |
Mi-décembre, après plusieurs mois sans visite sérieuse, vous signez un compromis à 240 000 € net vendeur. La commission d’agence à la revente sera de 6 000 €.
Cette dépréciation est déductible : le compromis, signé avant la clôture, prouve la perte de valeur de ce bien. Si le compromis avait été signé en février de l’année suivante, la déduction aurait été beaucoup plus difficile à défendre.
La qualification d’un bien ne se choisit pas : elle découle de votre intention au moment de l’achat. Un bien acheté pour être revendu va en stock. Un bien acheté pour être conservé et loué durablement va en immobilisation.
Cette intention se prouve par des éléments concrets : engagement de revendre dans l’acte, financement de courte durée, projet de travaux et de division, mandat de vente. Un même bien ne peut pas être à la fois en stock et en immobilisation.
Un bien peut toutefois changer de destination. Si vous décidez de conserver un bien initialement destiné à la revente pour le louer durablement, il doit passer de stock en immobilisation à la date de cette décision, pour son coût de revient. Ce changement a des conséquences importantes :
À l’inverse, si l’administration estime qu’un bien inscrit en stock est en réalité conservé durablement, elle peut contester son traitement comptable et fiscal.
Enfin, les travaux réalisés sur un bien en stock, comme la viabilisation ou la division d’un terrain, ne restent jamais en charges à la clôture. Tant que le bien n’est pas vendu, ils sont intégrés à son coût de revient et inscrits en stock, le plus souvent en compte 33. Les laisser en charges reviendrait à constater une perte artificielle.
Faire basculer un bien de stock vers immobilisation déclenche l’exigibilité des droits d’enregistrement au taux normal, avec intérêts de retard (art. 1115 et 1840 G ter du CGI). La TVA déduite à l’achat peut aussi devoir être en partie reversée.
Sur le plan comptable, le bien reste en stock tant que votre intention est de le revendre. Sur le plan de la TVA, en revanche, la location peut changer sa situation.
Un immeuble inscrit en stock est assimilé à une immobilisation pour les besoins de la TVA lorsqu’il est utilisé pendant plus d’un an pour une activité économique, comme une location soumise à la TVA de plein droit ou sur option. Cette condition s’apprécie au 31 décembre de la deuxième année qui suit celle de l’achèvement de l’immeuble (article 207, IV-3 de l’annexe II au CGI ; BOI-TVA-IMM-10-30, n° 300). L’assimilation joue même si les locaux sont en partie vacants, à condition de prouver que vous recherchez activement des locataires : mandat de location, annonces, visites.
Ce mécanisme a un intérêt majeur. Sans lui, la TVA payée à l’achat d’un immeuble ancien ne peut être déduite qu’au moment de sa revente, et seulement si vous optez pour la TVA (CE, 27 novembre 2020, n° 426091). Grâce à l’assimilation, vous pouvez la déduire dès que les conditions sont remplies, qu’elle ait été facturée par le vendeur ou qu’elle vous ait été transférée au moyen d’une attestation, lorsque l’achat était exonéré.
La TVA sur les dépenses engagées pour la revente, comme les travaux ou les honoraires, suit une autre logique :
si vous revendez avec option pour la TVA, elle est déductible, mais seulement au moment où l’option est exercée, en général lors de la vente ;
si vous revendez en exonération, vous ne pouvez pas la déduire. En revanche, si l’immeuble remplissait les conditions de l’assimilation, vous pouvez la transférer à votre acquéreur au moyen d’une attestation.
L’administration a confirmé l’ensemble de ces règles (réponse ministérielle Louwagie, JOAN du 27 juin 2023, n° 5633, reprise au BOFIP sous la référence BOI-RES-TVA-000156).
Ce régime peut améliorer sensiblement la rentabilité d’une opération, mais il est technique et exige des justificatifs rigoureux. Faites-vous accompagner avant de mettre un bien en location, notamment dont la nature est commerciale.
Lors de la reprise de dossiers de marchands de biens, cinq erreurs reviennent systématiquement. Elles ont toutes des conséquences fiscales directes et peuvent fausser durablement la lecture de vos comptes.
L’erreur la plus coûteuse est l’oubli de la variation de stock à la clôture. Elle fausse les deux exercices suivants (perte artificielle puis bénéfice démesuré) et déclenche une rectification systématique en cas de contrôle. Vérifiez-la bien par bien sur chaque bilan.
Pour sécuriser une éventuelle dépréciation, constituez un dossier justificatif par bien dès que vous suspectez une perte de valeur : compromis, offres reçues, mandats de vente non aboutis, avis de valeur professionnels, ventes comparables dans l’immeuble ou le quartier. Ce dossier doit être prêt avant la clôture, pas construit a posteriori.
La valorisation des stocks d’un marchand de biens repose sur une règle simple en apparence — le coût de revient — mais sa déclinaison pratique conditionne la fiabilité du résultat, de l’impôt et du bilan présenté à votre banquier. La dépréciation, de son côté, n’est fiscalement déductible qu’à la condition d’être justifiée bien par bien, avec des éléments concrets existant à la clôture.
Chez KONTEA, cabinet spécialisé dans l’activité de marchand de biens, nous suivons le coût de revient de vos opérations opération par opération et nous vous aidons à constituer les justificatifs nécessaires pour sécuriser vos dépréciations avant chaque clôture. Contactez-nous pour faire le point sur vos stocks.
Ce n’est pas obligatoire, c’est une option. Si vous la choisissez, appliquez-la à toutes vos opérations, de façon constante, et mentionnez-la dans l’annexe de vos comptes.
Non. Elle est réexaminée à chaque clôture. Si la valeur du bien remonte, ou lorsque le bien est vendu, la dépréciation est reprise.
Non. La perte doit être justifiée pour chaque bien, par des éléments existant à la clôture : compromis, offres reçues, avis de valeur portant sur le bien lui-même. Des statistiques générales de marché ne suffisent pas.
Oui. Elle fait partie des frais nécessaires à l’acquisition du bien et s’ajoute à son coût de revient. La commission versée lors de la revente, en revanche, n’est pas intégrée au stock.
Il reste en stock tant que votre intention est de le revendre. Si vous décidez de le conserver durablement pour le louer, il doit passer en immobilisation, avec des conséquences sur les droits d’enregistrement et sur la TVA.
KONTEA suit le coût de revient de chacune de vos opérations et vous aide à constituer, avant chaque clôture, les justificatifs nécessaires pour sécuriser vos dépréciations. Contactez-nous.
ROLLAND Remi - Expert-Comptable chez Kontea
Rémi ROLLAND, expert-comptable et cofondateur du cabinet KONTEA à Lyon, accompagne les entrepreneurs depuis plus de 10 ans. Passionné d’immobilier et spécialiste de l’activité de marchand de biens, il partage son expertise en comptabilité, fiscalité et stratégie immobilière à travers ses articles et ses interventions auprès des professionnels du secteur.
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