Marchands de biens
Stock marchand de biens : valorisation et dépréciation
Nous avons vu passer le dossier d’un client qui avait acheté un immeuble ancien à Nantes, réalisé quelques travaux, puis revendu l’ensemble par lots six mois plus tard. Sur le papier, l’opération semblait simple.
Sur le plan fiscal, elle a soulevé des questions qu’il n’avait pas anticipées. Le statut de marchand de biens change complètement la donne par rapport à un achat-revente réalisé à titre privé.
Ni le calcul du bénéfice, ni le taux d’imposition, ni les frais d’acquisition ne suivent les règles d’un particulier. Voici ce qu’il faut retenir avant de vous lancer dans une opération.
| Sujet | Régime applicable au marchand de biens |
|---|---|
| Imposition du bénéfice | BIC, soumis à l'impôt sur le revenu (barème progressif) ou à l'impôt sur les sociétés (15 % puis 25 %) selon vos choix |
| Plus-value | Aucun abattement pour durée de détention, contrairement au régime des particuliers |
| TVA | TVA exonérée, TVA sur marge ou sur prix total selon la nature du bien et les travaux réalisés |
| Droits de mutation | Droit fixe de 125 € avec engagement de construire ou taux réduit à 0,715 % avec engagement de revente dans les 5 ans, contre un taux plein autour de 6,32 % sans engagement |
| Micro-BIC | Exclu, régime réel obligatoire |
| Requalification | Risque de redressement en cas d'activité habituelle non déclarée comme telle |
Le marchand de biens est une personne, physique ou société, qui achète des biens immobiliers dans le but habituel de les revendre. Cette intention spéculative constitue le critère central retenu par l’administration.
Les biens concernés ne se limitent pas aux immeubles. Un fonds de commerce, des parts de société immobilière ou des actions peuvent aussi entrer dans le champ de l’activité.
Le code général des impôts range ces opérations parmi les bénéfices industriels et commerciaux, au même titre qu’une activité de commerçant. Deux éléments distinguent le marchand de biens d’un simple investisseur:
Un particulier qui revend occasionnellement un bien reste soumis au régime des plus-values immobilières classique. La fréquence des opérations et la structure de financement font basculer le dossier vers le statut professionnel, avec toutes les conséquences fiscales que cela implique.
Le bénéfice se calcule en soustrayant le prix d’achat et les frais liés à l’opération du prix de vente final. Les travaux de rénovation, les frais de notaire et les intérêts d’emprunt viennent réduire ce bénéfice imposable.
Deux régimes coexistent selon la forme juridique choisie:
Le régime micro-BIC est exclu pour cette activité. Le régime réel d’imposition, simplifié ou normal selon le chiffre d’affaires, s’applique donc systématiquement.
Une comptabilité complète devient une obligation, pas une option. Le choix entre société et exercice individuel dépend surtout du volume d’opérations et de la volonté de réinvestir les profits dans l’activité plutôt que de les percevoir en revenu personnel.
Ici se joue la différence majeure avec un particulier. La plus-value réalisée par le marchand de biens ne bénéficie d’aucun abattement pour durée de détention, contrairement au régime classique qui exonère progressivement après plusieurs années.
Un particulier voit sa plus-value exonérée d’impôt sur le revenu après 22 ans de détention et de prélèvements sociaux après 30 ans. Rien de tel pour le marchand de biens.
Le profit est imposé dans son intégralité l’année de la revente, soit dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux (BIC), soit à l’impôt sur les sociétés (IS). Conserver un bien plus longtemps ne fait donc jamais baisser l’impôt du marchand de biens. Au contraire, un bien qui tarde à être revendu immobilise des capitaux et génère des frais, sans aucune contrepartie fiscale, excepté baisser la marge …
La TVA constitue le second pilier de la fiscalité du marchand de biens, et souvent le moins bien maîtrisé. Elle obéit à trois régimes. Le marchand de biens ne les choisit pas librement : le régime applicable dépend de la nature du bien au moment de la revente et des conditions dans lesquelles il a été acheté. D’où l’importance de l’anticiper dès l’acquisition.
La revente d’un immeuble achevé depuis plus de cinq ans est en principe exonérée de TVA (art. 261, 5-2° du CGI), à condition que les travaux réalisés par le marchand de biens ne l’aient pas rendu neuf sur le plan fiscal. Le marchand de biens peut toutefois opter pour la TVA (art. 260, 5° bis du CGI).
La TVA sur la marge s’applique lorsque l’achat du bien n’a pas ouvert droit à déduction de TVA et que le bien revendu a la même nature juridique que le bien acheté (art. 268 du CGI). La taxe ne porte alors que sur la différence entre le prix de vente et le prix d’achat, ce qui allège sensiblement la charge fiscale de l’opération. C’est le cas fréquent des terrains à bâtir achetés à un particulier puis revendus comme terrains à bâtir. Ce régime devrait toutefois être modifié à compter du 1er janvier 2027.
La TVA sur le prix total s’applique lorsque des travaux importants transforment le bien en immeuble neuf sur le plan fiscal. Elle s’applique aussi à la vente d’un terrain à bâtir dont l’achat avait ouvert droit à déduction de TVA, ou dont la nature juridique a changé depuis l’achat. Le taux de 20 % porte alors sur l’intégralité du prix de vente. En contrepartie, le marchand de biens récupère la TVA payée sur les dépenses de l’opération, notamment sur les travaux.
Le régime de TVA s’apprécie donc au cas par cas. Un même terrain à bâtir peut relever de la TVA sur la marge ou de la TVA sur le prix total, selon les conditions de son achat. Un immeuble ancien revendu sans rénovation lourde reste, quant à lui, exonéré de TVA, sauf option.
L’avantage le plus concret pour un marchand de biens se joue à l’acquisition. En prenant un engagement de revente dans l’acte notarié, il bénéficie d’une taxe de publicité foncière réduite à 0,715 %, contre un taux plein qui avoisine désormais 6,32 % dans la plupart des départements après la hausse appliquée depuis 2025.
Sur un bien acheté 500 000 €, l’écart représente plusieurs dizaines de milliers d’euros économisés dès la signature. Cette marge libérée sert souvent à financer les travaux ou à absorber un aléa de revente.
Le délai à respecter est de 5 ans à compter de l’acquisition. Il peut être ramené à 2 ans pour certaines ventes par lots soumises à un droit de préemption du locataire.
L’engagement doit figurer explicitement dans l’acte. Ce n’est pas un détail administratif, c’est la condition sans laquelle l’avantage fiscal disparaît purement et simplement.
Un droit fixe de 125 € peut également s’obtenir par un engagement de construire, souscrit dans l’acte au titre de l’article 1594-0 G, II du CGI. Le délai imparti est alors de 4 ans à compter de l’acquisition, et non de 5 ans.
Ce mécanisme est distinct de l’engagement de revente et s’adresse aux opérations où le marchand de biens porte lui-même le projet de construction plutôt qu’une simple revente en l’état.
Là encore, le non-respect du délai entraîne le rappel des droits au taux plein, assorti des pénalités et intérêts de retard applicables.
Si le délai n’est pas tenu, l’administration rappelle les droits au taux plein, majorés de pénalités et d’intérêts de retard.
Plusieurs leviers permettent de réduire la charge fiscale d’une opération, dans le strict respect du cadre légal.
Le premier est le choix du statut juridique. Une société soumise à l’impôt sur les sociétés permet de conserver les bénéfices dans la structure à un taux réduit, plutôt que de les voir taxés au barème progressif de l’impôt sur le revenu.
Le deuxième est le calendrier de revente, qui conditionne le taux réduit des droits d’enregistrement. Respecter le délai de 5 ans prévu par l’engagement de revendre évite un rappel coûteux. Attention : ce délai est ramené à 2 ans en cas de revente par lots déclenchant le droit de préemption des locataires (art. 1115 du CGI). Une vente à la découpe se planifie donc dès l’achat.
Le troisième est le régime de TVA, à simuler avant chaque acquisition. Selon la nature du bien et les travaux prévus, la revente peut être exonérée, soumise à la TVA sur la marge ou à la TVA sur le prix total, et l’option pour la TVA peut parfois se révéler avantageuse. Le notaire applique le régime de TVA à l’opération, mais il ne compare pas toujours les différents scénarios pour vous. Or cette comparaison peut faire varier la rentabilité nette de plusieurs points.
Enfin, les charges de l’opération et les intérêts d’emprunt viennent réduire le bénéfice imposable. Conserver et classer rigoureusement les justificatifs n’est donc pas seulement une contrainte comptable : c’est un véritable outil d’optimisation.
Ces quatre leviers ont un point commun : ils se préparent. Une fois les statuts signés, changer de structure devient coûteux. Une fois l’acte d’achat signé, il est difficile d’ajuster le calendrier ou de revoir le régime de TVA. N’hésitez pas à consulter votre expert-comptable dès le début de chaque projet : c’est à ce moment-là que ses conseils ont le plus de valeur pour votre opération.
L’administration surveille de près la requalification d’un particulier en marchand de biens. Si le caractère habituel de l’activité est établi après coup, le redressement inclut l’imposition au barème progressif, les prélèvements sociaux, la TVA et parfois des pénalités pour exercice d’une activité occulte (80 % de majoration).
Les obligations déclaratives sont strictes une fois le statut reconnu:
Le non-respect du délai de revente entraîne un rappel des droits de mutation au taux plein. Une requalification du bien en immeuble neuf, suite à des travaux de rénovation trop importants, peut aussi modifier le régime de TVA applicable après coup.
Anticiper ces obligations dès la structuration de l’opération évite la plupart des mauvaises surprises. Un accompagnement par un professionnel du chiffre ou du droit fiscal reste recommandé sur les dossiers dont le montant total dépasse quelques centaines de milliers d’euros.
Prenez rendez-vous afin d’échanger sur votre prochaine opération et envisager une future collaboration avec notre cabinet.
Avertissement: cet article est rédigé à titre informatif et pédagogique. Il ne constitue pas un conseil juridique ou fiscal personnalisé. Nous vous invitons à consulter un professionnel pour toute situation particulière. Les textes fiscaux cités sont susceptibles d’évoluer.
Cela dépend du volume d’opérations et du besoin de trésorerie personnelle. Une société à l’impôt sur les sociétés convient mieux à une activité régulière avec réinvestissement des bénéfices. L’exercice en nom propre reste pertinent pour une activité ponctuelle ou de faible ampleur.
Non. La TVA sur la marge ne s’applique que si l’achat du bien n’a pas ouvert droit à déduction de TVA, par exemple lors d’un achat auprès d’un particulier, et si le bien est revendu avec la même nature juridique : un terrain à bâtir revendu comme terrain à bâtir, un immeuble revendu comme immeuble. À compter du 1er janvier 2027, ces conditions seront renforcées : la TVA sur la marge ne s’appliquera notamment plus à un terrain à bâtir acheté à un particulier puis revendu comme terrain à bâtir.
Le premier risque concerne la qualification erronée du régime de TVA applicable à la revente — marge, prix total ou exonération — qui constitue l’une des sources de redressement les plus fréquentes, notamment lorsque des travaux réalisés rendent le bien assimilable à un immeuble neuf sans que le changement de régime ait été anticipé.
Le second concerne le non-respect du délai de revente (5 ans, ou 4 ans en cas d’engagement de construire), qui déclenche un rappel des droits de mutation au taux plein, majoré des pénalités et intérêts de retard prévus à l’article 1727 du CGI.
Le troisième touche la requalification d’une activité non déclarée comme professionnelle : dès lors que le faisceau d’indices caractérisant l’habitude et l’intention spéculative est réuni (au sens de l’article 35, I-1° du CGI), l’administration peut requalifier des opérations réalisées à titre privé en activité de marchand de biens, avec un redressement rétroactif à la clé, assujettissement à l’IS ou à l’IR selon la structure, et rappel de TVA sur l’ensemble des opérations concernées.
ROLLAND Remi - Expert-Comptable chez Kontea
Rémi ROLLAND, expert-comptable et cofondateur du cabinet KONTEA à Lyon, accompagne les entrepreneurs depuis plus de 10 ans. Passionné d’immobilier et spécialiste de l’activité de marchand de biens, il partage son expertise en comptabilité, fiscalité et stratégie immobilière à travers ses articles et ses interventions auprès des professionnels du secteur.
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